Strapping et taping du tendon d’Achille : techniques kiné

Article rédigé par Cyril Capela — Kinésithérapeute DE, 22 ans d’expérience
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Strapping et taping du tendon d'Achille - technique de kinésithérapie
Technique de strapping du tendon d’Achille — pratique courante en cabinet kiné

En 22 ans de pratique kinésithérapique, j’ai posé des centaines de strappings et de tapings sur des tendons d’Achille douloureux. Ces techniques m’ont toujours semblé indispensables — mais uniquement comme outils d’appoint. Elles soulagent, elles sécurisent, elles permettent de maintenir une activité minimale pendant la rééducation. Mais seules, elles ne guérissent pas une tendinopathie achilléenne. Voici tout ce que je sais sur le sujet, sans filtre professionnel.

Strapping vs taping : deux techniques très différentes

Beaucoup de patients confondent ces deux approches. Elles n’ont pourtant pas le même mécanisme d’action ni les mêmes indications cliniques.

Le strapping sportif traditionnel

Le strapping utilise des bandes adhésives rigides (type Elastoplast ou Tensoplast). Son objectif est de limiter mécaniquement les amplitudes articulaires qui aggravent la douleur, notamment la flexion dorsale excessive. Il crée une restriction passive qui décharge le tendon lors de la mise en charge. C’est une contention externe, efficace à court terme pour permettre la marche ou la reprise d’une activité légère sans douleur invalidante.

Inconvénient majeur : le strapping rigide diminue la proprioception et peut fragiliser la peau lors d’utilisations prolongées ou répétées. Il n’est pas conçu pour être porté plus de 48 à 72 heures consécutives.

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Le kinesio taping (K-tape)

Le K-tape est une bande élastique colorée (type Kinesio Tex ou Rock Tape) qui ne limite pas les amplitudes articulaires. Son action est radicalement différente : il modifie les informations cutanées transmises aux récepteurs proprioceptifs et crée une légère décompression des tissus sous-jacents. Cela réduit la douleur perçue et améliore la circulation locale autour du tendon.

Le K-tape peut être porté plusieurs jours, y compris sous la douche. Il est souvent mieux toléré au quotidien par mes patients qui travaillent. Mais son efficacité sur la douleur reste modérée — les études scientifiques sont nuancées sur ce point, et je vous donnerai les détails plus bas.

Technique pas à pas : comment je pose un strapping achilléen

Voici la méthode que j’utilise en cabinet depuis des années, reproductible par un kinésithérapeute ou un préparateur physique formé à la contention fonctionnelle.

Matériel nécessaire

  • Bande de sous-strapping (foam underwrap ou Hypafix)
  • Bandes rigides adhésives 3,8 cm (type Tensoplast)
  • Ciseau à bandes
  • Spray de fixation si la peau est grasse ou moite

Étapes de pose

  1. Position du patient : procubitus (ventre vers le bas), cheville en légère flexion plantaire d’environ 20°. Cette position pré-raccourcit le tendon, ce qui est précisément l’objectif.
  2. Ancrage proximal : deux tours de bande au tiers inférieur du mollet, sans tension excessive pour ne pas comprimer les vaisseaux.
  3. Ancrage distal : deux tours au niveau du calcanéum, sous les malléoles, en englobant le talon.
  4. Bandes directrices : trois à quatre bandelettes verticales reliant les deux ancrages, passant de chaque côté du tendon d’Achille sans le comprimer directement.
  5. Fermeture : bandes horizontales successives du bas vers le haut, chevauchant la moitié de la bande précédente.
  6. Vérification finale : le patient doit pouvoir fléchir le pied dorsalement à environ 10° sans que le strapping tire douloureusement.

Technique de K-tape pour le tendon d’Achille

Pour le K-tape, j’utilise généralement la technique en Y inversé, que je trouve plus efficace pour cibler précisément le tendon :

  1. Découper une bande en Y à partir de la base (environ 10 cm de base entière, les branches remontant sur 20 cm).
  2. Ancrer la base sans tension sur le calcanéum, pied en légère flexion dorsale forcée.
  3. Appliquer chaque branche du Y de part et d’autre du tendon, remontant vers le mollet, avec une tension douce de 15 à 25 %.
  4. Terminer en ajoutant si nécessaire une bandelette transversale sur la zone la plus douloureuse, avec 50 % de tension.
  5. Frotter énergiquement pour activer la colle thermosensible.

Quand utiliser le strapping ou le taping ?

Je recommande ces techniques dans des circonstances bien précises, toujours en accompagnement d’un traitement global :

  • Phase aiguë (J1 à J7) : pour permettre la marche sans douleur lors des premiers jours d’une tendinite d’Achille installée.
  • Reprise sportive progressive : pour sécuriser les premières séances lors du retour à l’entraînement après une tendinite.
  • Pendant la rééducation active : en complément du traitement kinésithérapique global, entre les séances d’exercices excentriques.
  • Prévention en compétition : à titre préventif chez un athlète ayant des antécédents de tendinopathie achilléenne.

Durée de port et renouvellement

Un strapping rigide tient idéalement 48 à 72 heures. Au-delà, la colle se dégrade, la peau macère et la contention perd son efficacité mécanique. Pour un sportif pratiquant quotidiennement, cela représente un renouvellement très fréquent — ce qui n’est pas sans conséquences sur l’état cutané.

Le K-tape peut rester en place 3 à 5 jours, parfois jusqu’à une semaine chez les patients à peau peu réactive. Il est entièrement compatible avec l’eau. Pour le retrait, toujours décoller parallèlement à la peau, dans le sens du poil, jamais en tirant perpendiculairement — cela peut arracher l’épiderme chez les peaux sensibles.

Contre-indications à connaître

Ces techniques ne conviennent pas à tout le monde. Je les déconseille formellement en cas de :

  • Allergie connue aux adhésifs ou aux acrylates (très fréquent avec certains K-tapes bon marché)
  • Plaie ouverte, peau lésée, eczéma actif ou infection cutanée dans la zone
  • Troubles circulatoires importants (artériopathie des membres inférieurs, insuffisance veineuse sévère)
  • Suspicion de rupture complète du tendon d’Achille — c’est une urgence chirurgicale qui ne se traite pas avec un strapping
  • Diabète mal équilibré avec neuropathie périphérique, qui réduit la perception des compressions

Pourquoi le strapping ne guérit pas la tendinopathie

C’est le message essentiel que je transmets systématiquement à mes patients : le strapping soulage, il ne répare pas.

Une tendinopathie achilléenne est une pathologie structurelle du collagène tendineux. La matrice interne du tendon est désorganisée, avec une néo-vascularisation anarchique et une dégénérescence des fibres. Pour remodeler ce tissu en profondeur, une seule intervention est prouvée scientifiquement efficace : la charge mécanique progressive.

Les exercices excentriques (protocole Alfredson ou Heavy Slow Resistance) sont le pilier incontournable de la rééducation. Ils stimulent la synthèse de collagène de type I, réorganisent les fibres tendineuses et augmentent progressivement la capacité de charge. Aucun strapping, aucun laser, aucune infiltration ne peut se substituer à cet effet mécanique thérapeutique.

C’est pourquoi j’utilise toujours le taping dans le cadre d’un protocole global — jamais seul. Il permet au patient de rester actif avec une douleur acceptable, pendant que les exercices font leur travail de fond sur la structure tendineuse. Pour un protocole complet, consultez mon guide complet sur la tendinite d’Achille.

Ce que dit la littérature scientifique

Les études sur le K-tape dans la tendinopathie achilléenne montrent des résultats à court terme positifs sur la douleur, mais sans effet démontré sur la structure tendineuse elle-même. Une revue systématique publiée en 2014 (Montalvo et al.) conclut que le kinesio taping réduit la douleur immédiate mais ne modifie pas les paramètres fonctionnels à moyen terme.

Pour approfondir la littérature scientifique sur ces techniques, je vous recommande les ressources professionnelles disponibles sur Kinésport, une référence francophone en kinésithérapie du sport.

Mon protocole intégré : strapping + exercices + progressivité

Dans ma pratique clinique quotidienne, je propose généralement cette progression :

  1. Semaines 1-2 : K-tape continu pour réduire la douleur au quotidien, combiné à des exercices en décharge ou en piscine.
  2. Semaines 3-6 : strapping avant chaque effort sportif et protocole excentrique selon Alfredson, deux fois par jour.
  3. Au-delà de 6 semaines : sevrage progressif de toute contention externe, poursuite des exercices de renforcement en charge lourde lente.

L’objectif final est que le patient soit totalement autonome, sans dépendre d’une contention externe. Un tendon correctement renforcé n’a plus besoin de strapping. C’est la véritable guérison.

Pour aller plus loin : le protocole complet

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Cyril Capela, kinésithérapeute DE — 22 ans d’expérience spécialisée en rééducation du tendon d’Achille

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Cyril Capela

Kinésithérapeute DE spécialisé en tendon d’Achille depuis 22 ans. En savoir plus

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